L'église de Campagne


Epoque romane

 

            La famille des seigneurs de Campagne est attestée depuis le milieu du XIIème siècle et l'église est en relation étroite avec le premier château. Construite entre 1160 et 1180, il ne reste de cet édifice que le chœur de l'église actuelle ainsi que les vestiges d'arcs brisés encore visibles dans les combles. Une coupole ovoïde avait certainement été prévue pour supporter une tour qui aurait surmonté le chœur, comme dans de nombreuses églises du Périgord. Il n'en reste que les trompes aux quatre angles du chœur. Le décor roman se retrouve sur les motifs géométriques ou en forme de crosse qui sont sculptés sur les chapiteaux qui ornent le mur est de l'abside romane plate percée de deux étroites fenêtres.

            L'église est placée sous les vocables de Saint Jean-Baptiste et de Saint Blaise.  Un grand nombre d'église du Périgord, bâties ou utilisées par les templiers eurent pour titulaires ce 2 Saints... Nous savons qu'à la fin du XIIème siècle les seigneurs de Campagne se faisaient enterrer sous le chœur de l'église. Il semble vraisemblable, d'après un écrit de Marie de la Borie de Campagne, que certains membres de la famille des seigneurs de Campagne aient participé aux croisades, ce qui expliquerait la signification de leur blason : un croissant de lune surmontant 3 fers de lance placés 2 + 1 (Père-Fils-Saint esprit).  Cette église ne deviendra paroissiale qu'à la fin du XIVème siècle.

 

Modifications du XVème siècle

 

            Durant la guerre de cent ans, le château passera des mains des Français à celles des Anglais selon les alliances du moment et selon les différentes donations faites par les seigneurs de Campagne à leurs parents.

            En 1427 le château est partiellement incendié par les Anglais et l'église partiellement détruite. Ce sont les familles de Bonald et de la Borie qui firent reconstruire le château à la fin de la guerre de cent ans et firent aménager une chapelle funéraire sur le côté Sud de l'église. La chapelle funéraire devint alors la chapelle du château avec une porte d'entrée particulière donnant sur le parc. La nef actuelle, les deux petites chapelles latérales ouvertes dans les murs Nord et Sud et le clocher-mur sont les témoins de cette reconstruction. Il faut noter l'élégance des nervures des voutes ainsi que la finesse de la niche trilobée située dans le mur Sud qui recevait l'eau et le vin restant lors des offices.

            La nouvelle nef est longue (20.60 m) et étroite (3.20 m). Son niveau le plus bas que le chœur laisse à penser qu'elle fut prévue dés le début des travaux. Le chevet a été modifié et une large baie a été ouverte pour donner plus de lumière. A 2.50 m de hauteur environ, on remarque les traces  d'une large bande de peinture noire :  ce sont les vestiges de la litre (ou bandeau de deuil) qui était décorée des armoiries des différents membres de la famille de Campagne. Cette litre cerne toute l'église et il reste dans la chapelle du château quelques souvenirs de peintures polychromes représentant les traces d'un visage et quelques fragments de la cuirasse d'un chevalier.

            Il faut noter la grande austérité de ces modifications du XVème siècle, l'absence inhabituelle de sculptures , si ce n'est dans la chapelle funéraire où l'on remarque des culs de lampe représentant des têtes de personnages et un animal.

            Le clocher-mur présente le charme d'un portail en arc brisé entouré de voussures prismatiques, il n'y a pas de tympan. Le clocher plat est percé de trois baies dont deux sont occupées par des cloches dont la plus petite date de 1822 et la plus grosse (600 kg) datée de 1626 porte des inscriptions commençant par une invocation à saint Jean Baptiste.

 

Dernières grandes transformations du XIXème siècle

 

            L'église telle que nous la voyons aujourd'hui a connue des modifications importantes au XIXème siècle. Le concordat de 1801 a modifié les rapports entre l'église et l'état, et les archives départementales conservent de nombreux documents sur les relations entre la commune de Campagne, l'évêque d'Angoulême (qui administre le diocèse de Périgueux) et la famille du seigneur de Campagne

           

  • En 1811, Madame la comtesse de Campagne, née de Ségur, s'adresse directement à l'évêque pour lui demander aide et argent pour le vieux prêtre de Campagne qui est paralysé...
  • Pour ce qui est de notre église, nous savons qu'en 1827, Charles X autorise "Campagne à s'imposer extraordinairement pour réparations de l'église". Cette année là, on refait en bois de noyer la grande porte de la chapelle donnant sur le chœur.
  • En 1844, le pavage et le blanchiment de la nef sont réalisés sur ordre du ministère de la justice et des cultes.
  • En 1887, réfection de la toiture de la nef et des chapelles, en outre on va crépir les murs extérieurs et on ouvre une fenêtre dans la chapelle Nord qui donne sur le parc. Une souscription a été proposée aux habitants de Campagne et plusieurs vitraux ont été offerts et ornent encore notre petite église.

           

            Il est vrai que cette charmante église aurait pu disparaitre de notre patrimoine communal. En 1880, un architecte (qui a eu la bonne idée d'oublier de signer de son nom) avait envisagé de reconstruire l'édifice en refaisant  une nouvelle façade sur un porche pseudo roman et coiffé d'un pignon percé d'un oculus à cloche. La belle chapelle à la voute en étoile devait disparaitre pour faire place à une annexe carrée qui aurait eu son pendant sur l'autre côté du chœur, celui du jardin ! ... Heureusement, il manquait d'argent pour financer les travaux !

 

            En 1927, Madame la Marquise de Chevigné est prête à fournir les fonds pour financer les la construction d'une sacristie qui permettrait de mettre en sécurité tous les ornements de l'église et dont elle ferait don à la commune.... mais ce projet n'a pas vu le jour.

            Plusieurs phases de réparations des toitures et du sol de l'église ont ensuite eu lieu. En 2016, un projet de rénovation totale de l'église est lancé par la mairie...

           

            La décoration intérieure  de l'église reste très sobre, on remarque malgré tout un magnifique chemin de croix qui fut inauguré par l'abbé Lescure, doyen du Bugue en 1891.

 

            De nos jours, notre église est encore vivante, et depuis le XIIème siecle, ce monument est resté le témoin des joies et des épreuves en participant à la vie et à l'histoire de Campagne. Elle mérite bien d'avoir été inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 22 Aout 1949.

eglise de campagne en périgord 24260
eglise de campagne sous la neige